Les chaussures rouges du Pape - Les habits du pouvoir #5

Feb 12, 2013

Pape Léon XIIIBenoit XVI va donc nous quitter, retournant certainement pour son plus grand bonheur à ses livres, et au silence de la vie intellectuelle. Soit. Pour Monsieur London, qui n’a pas vocation à commenter ce genre d’informations, cette actualité brulante est surtout l’occasion de faire un point sur l’histoire vestimentaire d’une des fonctions masculines les plus scrutées de la planète. Quoi que l’on pense de l’Eglise et de ses dogmes, le pape occupe ainsi une place importante dans l’inconscient collectif, figure masculine à la fois empreinte d’autorité spirituelle et morale et de fragilité physique.

Si le génie temporel de l’Eglise catholique réside dans sa capacité de mise en scène de la grandeur de la transcendance qu’elle affirme représenter, le pape en est le symbole le plus éclatant. Dernier des grands dirigeants effectifs mondiaux à voir sa vie réglée par une étiquette empreinte de symbolisme, celui-ci doit refléter la puissance de Dieu sur sa personne. Une caractéristique faisant du costume du pape un costume à part, dont les évolutions sont scrutées par les spécialistes du monde entier, et notamment par les spécialistes de la mode masculine, stylistes, couturiers et journalistes, sur lesquels les habits cérémoniels exercent souvent une fascination éminemment créatrice. Qu’ils détournent les symboles religieux, se les approprient, ou les révèrent, les grands maitres de la mode n’y sont en tout cas jamais insensibles.

Mais l’inverse est aussi vrai, et l’on serait surpris de la coquetterie des évêques quant au choix  de leurs attributs, mitre, croix pectorale, anneau épiscopal et crosse. Certains de ceux-ci sont de vrais chefs d’œuvre de couture ou d’orfèvrerie, réalisés sur mesure par des artisans ou des artistes proches de l’Eglise, comme le sculpteur francais d’origine Géorgienne Guy Georges Amachoukeli, alias Goudji, à qui une belle exposition fut consacrée en 2012 au musée d’art religieux de Fourvière, à Lyon. De manière générale, les vieilles maisons artisanales, notamment romaines, gardent des liens privilégiés avec la papauté, mais elles ne sont pas les seules. Certains se souviendront ainsi des aubes réalisées pour le pape et les religieux par le couturier français Jean Charles de Castelbajac lors des journées mondiales de la jeunesse de Paris en 1997. Des vêtements liturgiques très modernes, décorés d’un motif arc en ciel assez simple et graphique, et correspondant à l’image de modernisation de l’Eglise voulue par le pape Jean Paul II, prédécesseur de Benoit XVI.

Dirigeant ayant marqué son époque grâce notamment à des talents de communications exceptionnels, le pape d’origine polonaise marquait ainsi une certaine continuité par rapport au pontificat de Paul VI, maitre d’œuvre du concile Vatican II, qui avait déjà innové en commandant une crosse moderne, représentant un christ en croix, et sculpté par l’artiste italien Lello Scorzelli. Celle-ci deviendra d’ailleurs plus tard un des symboles de Jean Paul II, au grand dam des éléments les plus traditionnalistes de l’Eglise catholique. Mais d’autres innovations suivront, comme la création en 2000, à l’occasion du grand Jubilé, d’une une longue cape multicolores en lurex, fil moderne permettant d’ajouter de la brillance au tissu. Le vêtement est l’œuvre de Stefano Zanella, prêtre et artiste, fondateur de l’atelier X Regio.

Avec l’avènement de Benoit XVI, changement de style. Fini les rigolades post modernes et les aubes multicolores le souverain pontife retourne vers un style plus traditionnel, réintroduisant notamment le camauro, coiffe de velours rouge bordé d’hermine, ou encore la mosette, courte pèlerine elle aussi en velours bordée d’hermine pour l’hiver, ou de soie pour l’été. Dans la foulée, les surplis de dentelle à la Don Camillo font leur grand retour, et le pape remise la crosse de ses deux prédécesseurs, pour en adopter une plus traditionnelle et massive, grande croix d’or utilisée avant Vatican II. Dirigeant conservateur, Benoit XVI souhaite lutter contre le relativisme et la sécularisation de l’occident. Ses choix vestimentaires sont une façon supplémentaire d’affirmer que l’Eglise n’a pas à adapter son magistère spirituel aux évolutions temporelles du monde qui l’entoure.

Pour autant, certains usages vestimentaires ne changent pas, et devraient perdurer avec l’arrivée sur le trône de Saint Pierre du prochain pape, d’ici fin mars. Benoit XVI, comme son prédécesseur, est ainsi resté fidèle aux chaussettes rouges de la maison Gammarelli, atelier de vêtements ecclésiastiques ouvert en  1846 au 34 de la via Santa Chiara, à Rome, et tenu depuis six générations par la même famille. Le premier des Gammarelli à avoir habillé le pape devint en effet son tailleur en 1798. Outre le souverain pontife, certains hommes politiques sont des fidèles des chaussettes de la célèbre maison, comme Edouard Balladur, jamais en défaut lorsqu’il s’agit de son style, ou encore François Fillon. Pour leurs souliers enfin, les papes ne portent que du rouge. Les mocassins de Jean Paul II étaient réalisés par le bottier Italien Gianfranco Pittanel, éléve de Virgilio Cappa, qui fut le chausseur attitré de la maison de Savoie. Benoit XVI lui, fit notamment fabriquer les siens chez Adriano Stefanelli, qui compte aussi parmi sa clientèle Barack Obama. Un détail ? Certainement pas. En 2008, l’Osservatore Romano, organe de presse officiel de la Papauté, dut ainsi publier un démenti pour faire taire les rumeurs disant Benoit XVI chaussé en Prada. On ne rigole pas avec la mode au Vatican.

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