Casual or not casual, that is the question!

Jan 06, 2013

ManifestationA l’époque, les hommes portaient de belles cravates de qualité sous leurs costumes trois pièces, des nœuds papillons pour le week-end, une paire de bretelles pour tenir leur pantalon, et tous, patrons ou employés, représentants de commerce et banquiers,  boulangers ou maitres d’écoles, vous, moi, le voisin ou son amant, arboraient fièrement chapeaux, toques, gants, écharpes, pour compléter leur panoplie. C’était au XXe siècle, avant le règne tout puissant du monstrueux « casual ».

Tout a commencé par les vendredis. Quelques  managers en mal d’imagination, de retour de vacances aux Etats Unis, ont eu la bonne idée d’adapter le « Friday wear » dans leurs bureaux de la Défense. Et les vieux employés de bureau qui avaient passé leur vie à porter de jolis costumes en laine se virent intimer l’ordre d’être « cool », jeune. Bref, de porter un jean les vendredis, eux qui n’en portaient même pas les week-ends, et pour qui le comble de la décontraction était représenté par l’association pantalon beige et nœud papillon. Inadaptés, ces monstres d’un autre siècle partirent bientôt à la retraite, emportant avec eux le veston, le chapeau, la blanquette de veau à la cantine, et leurs regrets. On passa à une nouvelle génération de managers osant retirer leur cravate en semaine, dents blanchies et reniflements incongrus. Ceux là portaient des costumes gris presque brillants, chemise blanche un peu ouverte pour souligner leur bronzage annuel, et déjeunaient dans des chaines de restauration light et néanmoins rapide. Le nouveau « fast food » était  « healthy », et tout le monde devait mettre des mots d’anglais dans ses phrases, surtout en «afterwork ».

Un changement d'époque...

La situation était intenable, et le costume perdait du terrain. Bientôt, supplantant le règne des managers, des communicants à chaussures pointus envahirent l’économie, s’affichant aux côtés des vedettes du CAC 40, éminences grisâtres d’un siècle décidément bien étonnant. On les trouvaient partout, en jean serré et chemise, une veste marron en mélange lin-laine jetée négligemment sur les épaules, jamais rasés. Il devint normal, branché même, de ressembler à ce qu’abhorraient nos grands pères chez les beatniks, tout en étant acteur motivé de la société post-capitaliste. Les fossoyeurs du style grouillaient dans les ministères, occupaient les institutions internationales, devenaient intellectuels, philosophes enfin, maniant des concepts aussi creux que leur apparence.

On vit la société entière basculer, les étudiants ressembler à des lycéens, et les jeunes actifs à des étudiants. Les graphistes s’y mirent bientôt, quittant les lunettes rondes de leurs aînés dessinateurs industriels pour des chapeaux à plumes et des bonnets rouges. Puis vint le tour des journalistes, fréquentant désormais les palais nationaux en baskets et jean déchiré, s’offusquant même qu’on puisse leur faire une remarque. Les chefs d’entreprise cessèrent de fréquenter les tailleurs, la France se couvrit de magasins branchés, et les sexagénaires adoptèrent le port de la basket. Les représentants de commerce enfin abandonnèrent leurs cravates afin de  ressembler à leurs clients… Dernier outrage, de jeunes députés tout justes élus, frais émoulus de leur comité politique de province se présentèrent à l’Assemblée Nationale le cou nu, non cravaté.

Le retour de la blanquette de veau !

La France était désormais à la page, et 65 millions de citoyens pourvus du droit de vote et couverts de la tête aux pieds de vêtements made in China célébraient dans la joie leur découverte du « cool ». Mais dans les profondeurs de la société, une révolte se préparait. Des dizaines de jeunes gens déçus de leurs chemises qui grattent émirent l’hypothèse d’un changement. L’époque était au mieux. Les jeunes managers en chemise blanche avaient disparus, emportés par la cocaïne et le stress. Leurs héritiers à chaussures pointus s’étaient discrédités en portant au pinacle des politiciens aux vices plus forts encore que leur rigueur budgétaire, et les citoyens, désabusés, réclamaient désormais le retour de la blanquette de veau à la cantine. Le temps était venu ! On ressortit cravates, chapeaux, et nœuds papillons, et la révolte commença…


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