Un peu de Paris.

Dec 11, 2012

Bouquinistes parisiensC'est toujours le même vent, la même odeur et les mêmes bruits. Une atmosphère qui m'emportait déjà l'imagination lorsqu'enfant, je sortais du train gare de Lyon pour me plonger dans le métro direction la Défense, et qui me suit depuis vingt ans, conférant à chaque retour un supplément de nostalgie. Autres temps, autre train, l'arrivée se fait aujourd'hui en Eurostar, la gare du nord a remplacée celle de Lyon, et la casquette en tweed le sweet à capuche. Depuis quelques années, la ville ne me paraît plus si grande, elle a un peu perdu de son mystère. Le périmètre de mes passions d'enfant a fini par s'élargir, et dans les rues bondées, les cheveux lâches des parisiennes m'émerveillent désormais plus souvent que les affiches de films sur les champs Élysée. De grande ville lointaine et secrète, Paris a fini par devenir un repère, un point d'ancrage. Plus belle que Londres, plus ouverte que Lyon, plus cosmopolite que Rome et plus élégante que toutes, elle a, telle une ancienne maîtresse, perdu ses défauts en devenant lointaine.

Certes, ses sœurs ont leurs mérites, et elles la valent bien, qu'on ne se méprenne pas sur le propos ! Leurs habitants sont souvent plus sympathiques, leurs commerçants plus accueillants, leurs élites moins imbues d'elles mêmes, et leur rythme parfois plus calme. Tout cela est incontestable, et il faudrait être un cuistre doublé d'un abruti pour oser mettre en cause toutes ces estimables cités dont le seul tort est de ne pas être Paris. Mais il faut bien reconnaître que flâner ici ne ressemble pas à flâner ailleurs, et qu'il est désespérément agréable de s'y ennuyer. Même les gens laids y sont beaux, et les vêtements des passants, pourtant parfois passés de mode ou fabriqués dans de mauvaises étoffes, semblent toujours avoir été choisis en accord, pour que la rue soit plus belle. Rien n'y change jamais sauf le plat du jour au bistrot du coin.

Pas frileuse pour un sou, c'est l'hiver que Paris se dévoile, dans le confort intérieur des soirées de février, sur les grands boulevards une veille de Noël ou devant le plat canaille d'un restaurant foireux où la patronne ne lave pas ses plats correctement mais coupe encore elle même ses frites... Les parisiens ont d'autre priorités que le reste du monde, et c'est mieux comme ça.

Valentin Goux

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