Les cinq secrets des hommes italiens pour avoir du style tout le temps

Aug 05, 2013

Gianni AgnelliL'officiel, Monsieur, Edgar, Etc. : chaque modeux, chaque dandy a sa revue fétiche. Et, chaque année ou presque, chacune de ses revues élit la ville du monde dans laquelle les gens sont les mieux habillés. Je me demande bien pour quoi faire puisque, de facto, la ville du monde où les hommes sont les plus élégants ne change jamais : il s'agit de Milan. Mais, malgré tout ce caviar visuel distillé au coin des rues, ce n'est plus la ville d'Italie dans laquelle je me rends le plus souvent. Depuis l'arrêt de mes relookings homme à l'étranger, je préfère le charisme de la Cote Amalfitaine, la poésie des Cinq Terres, ou encore la solitude peuplée des Pouilles. Autant de "provinces" italiennes dans lesquelles la notion d'élégance fait encore sens, au contraire de la France où, sorti de Paris, elle ne devient plus qu'un concept très, très vague. Concept d'élégance qui se résume, pour la plupart des hommes tout du moins, à porter une chemise noire et une veste noire sur un jean bleu. Dans notre jargon, nous appelons cela la "combo qui tue". De la sophistication de la capitale (politique ou économique) à l'élégance simple des campagnes, comment les italiens parviennent-ils à garder le style en toutes circonstances ? C'est l'objet de l'article du jour, mon deuxième pour MonsieurLondon. J'espère que vous lui ferez bon accueil.

Voiture Italie

Les cinq secrets des hommes italiens pour avoir du style tout le temps :

5. Faire toutes les erreurs jeune, histoire de n'avoir aucun regret

Comme leurs homologues des autres pays, les bambinis Italiens grandissent d'abord habillés par leurs parents. C'est pour cette raison que, jusqu'à la frontière des 8-10 ans, ils affichent malgré eux un réjouissant mélange d'élégance académique et de décontraction juvénile. Vous ne verrez jamais autant de lunettes stylées sur des enfants qu'en Italie. Unique. Puis vient l'âge bête, aussi appelé adolescence, où, la rébellion contre l'autorité entraînant dans son sillage celle contre le bon goût, ils entrent dans la décennie de la connerie (vestimentaire). Décolorations, crêtes, looks sportswear déstructurés, tout ou presque est bon à jeter, mais il faut que jeunesse se passe et, quitte à se chercher, ils se cherchent vraiment. Très loin. Adultes, revenus tout penauds des tréfonds de l'enfer du style, ils délaissent globalement les âneries de cette époque désormais révolue pour découvrir le plaisir paradoxal d'un style à la fois académique et coloré dont nous allons maintenant dresser le portrait à (très) grandes lignes.

4. Porter les couleurs du monde autour de soi

Je me suis longtemps demandé d'où les italiens sortaient leur goût - leur passion, devrais-je dire - pour la couleur, et surtout pour les nuances de couleur. Quand le français moyen s'habille en noir, blanc, gris, beige et bleu, l'italien connaît lui la terre cuite, le grenat, le vert amande, le jaune moutarde, etc. : les couleurs de la mode italienne ne changent pas beaucoup saison après saison, puisque de base elles recouvrent déjà presque toute la gamme chromatique existante. Et puis j'ai trouvé. Du moins je pense avoir l'explication. De la même façon qu'introduire un canapé rouge ou bleu dans un appartement où cette couleur était absente rend l'objet ostentatoire et lassant, la réticence des Parisiens à sortir de leur monochromie s'explique probablement par le fait que la couleur est absente du monde autour d'eux. A Paris, tout est beige ou gris. D'où cette litote inventée par les agents immobiliers pour valoriser la banalité : "dans un très bel immeuble en pierre de Paris", ce qui signifie juste qu'il est beige. Comme tous les autres. Et ne comptons pas sur l'infinie variation du soleil couchant pour donner à la ville un vernis irisé, à Paris la lumière aussi est grise. Bref, de la même façon qu'on ne tombe amoureux que de ce qu'on connaît déjà, on choisit d'abord ses couleurs parmi celles qui bercent la rétine autour de soi. Ainsi les couleurs des cotons et des laines italiennes sont-elles celles des patines baroques des murs. Et si vous en doutiez, tapez Rome, Syracuse, ou encore Riomaggore, Vernazza, Positano, Porto Venere, etc. sur Google Images.

Marcello Mastroianni

3. Poser et superposer

Autre spécialité italienne (non, pas la pâte aux sardines, à l'oeuf et au fenouil sauvage ; même si je vous recommande beaucoup de gouter, ce n'est pas le sujet aujourd'hui) : les superpositions. Alors qu'en France le froid de l'hiver et de la fin de l'automne est immédiatement associé à l'image d'un pull ou d'un manteau d'autant plus épais que le thermomètre est bas, l'Italien va rester dans le fin, mais augmenter le nombre d'épaisseurs : la classique combinaison chemise+veste devient alors chemise+pull+cravate+veste, le pull étant en réalité ce qu'il convient d'appeler un gilet, ou un cardigan, à fermeture sur le devant. Outre cela, la veste récupère la doublure (amovible) qu'on lui avait enlevée au début du printemps dernier, pour couper le courant d'air sur la Vespa. Résultat, avant même d'arriver au manteau d'hiver, il y a déjà 4 couches de chaud et d'air. Devoir de vacances : combien de combinaisons de couleurs cela fait-il ?

2. Investir

Si vous croyez que la plus grande proportion de montres de luxe se trouve au poignet des banquiers Suisses ventripotents, détrompez-vous. Là encore, c'est en Italie qu'elle est la plus grande. La montre étant, sinon l'unique, du moins le premier bijou masculin à n'être jamais hors de propos, l'homme italien investit dès qu'il le peut dans un exemplaire coté. Les marques préférées ? Non, pas Panerai (paradoxalement), mais assurément Rolex (jamais vu autant de Rolex qu'en Italie, à se demander quelle proportion est vraie), Audemars Piguet et, l'âge venant, P.Philippe.

Costa Amalfitana 

1. Avoir, pour bas de gamme, le haut de gamme des autres

Le goût n'étant rien sans les moyens de se le procurer aisément, il faut, pour comprendre l'élégance italienne, regarder du côté de ses fournisseurs, notamment par la lorgnette des plus abordables. Et, là encore, il n'y a pas photo. Quand l'Européen moyen a la recherche d'un costume ou d'une chemise pousse (statistiquement) les portes d'un Zara ou d'un H&M, l'Italien se rend chez Boggi. La différence ? La même qu'entre une Seat et une Alfa Roméo. C'est à dire, pour ceux qui n'y entendent rien à l'automobile, beaucoup. Des années lumières.

Stéphane

Stéphane est nouveau venu sur le blog. Outre ses livres, chroniques radio et conférences, il est connu pour aimer l'odeur du cirage à chaussure, les canapés Chesterfield, le Cabernet Franc, la haute-fidélité des années 1959 à 1978, les tâches de rousseur, les road-trips en cabriolet inconfortable et l'Italie. Retrouvez-le sur son site : www.spikeseduction.com, et si vous aimez les # et les @, sur sa page twitter : https://twitter.com/SpikeSed

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