De la bonne largeur d'une cravate

Nov 06, 2012

Cravate en laine

Has been les cravates fines ? Trouvant ce matin sur un réseau social bien connu une conversation à propos de la largeur requise des cravates, l’idée nous est venue de nous pencher sur la question.  En effet, provoquée par l’exclamation outrée d’une femme de gout –d’ailleurs cliente de Monsieur London - affirmant bien haut « Les mecs, ça suffit les cravates skinny, c’est dépassé »,  ce disputatio de haute tenue ne pouvait nous laisser indifférent. Amoureux des cravates, de leurs coutures et de leur étoffe, de leurs couleurs et de leurs tailles, Monsieur London se devait donc de s’engager dans le débat, pour le bien du genre masculin.

Tout d’abord, récapitulons. Quelle est la longueur standard d’une cravate ? Aujourd’hui, celle-ci se place entre 7.5 et 8.5 centimètres chez la plupart des fabricants, tout ce qui se trouve au-dessous appartenant à la catégorie des cravates skinny ou cravates fines (voire texane, mais par respect pour l’élection présidentielle américaine, nous n’aborderons pas aujourd'hui cette honte nationale yankee), et tout ce qui se trouve au-dessus étant considérée comme une cravate « large ».

Historiquement, la mode masculine a connue toutes les largeurs et forme de cravates depuis l’invention de l’accessoire. Mais peut-on vraiment dresser une sommaire histoire de la cravate ? La chose parait ardue, tant l’homme semble toujours avoir aimé se couvrir le cou, organe fragile sujet aux assauts du vent et des baisers. Il est ainsi à noter que les fameux soldats chinois de terre cuite portaient déjà une étoffe nouée au col, que les légionnaires romaines s’enroulaient eux la nuque d’un foulard, et que partout, de tous temps, les messieurs eurent le souci de couvrir cette étendue de peau glabre. Il est d’ailleurs à noter la rupture de civilisation provoquée par l’arrivée de la chemise décolletée, qui jusqu’à Bernard Henry Levy, encore plus mauvais en style qu’en philosophie, n’était portée que par les braves de la légion espagnole.

Montesquiou

Il semble en tout cas qu’après une période quelque peu trouble pour les cous masculins, laissés nus puis ornés d’extravagances du type fraise, la cravate se soit installée dans sa version moderne sous la déformation du nom de « croates ». Une référence à un régiment de hussards de Louis XIII de la dite nationalité, qui portaient justement une cravate blanche. Dans la foulée, Louis XIV nomme un cravatier, les courtisans suivent la tendance, et Charles II d’Angleterre qui vient de passer son adolescence en exil en France, rentre se faire couronner à Londres en espérant que ce nouvel accessoire porte bonheur à son cou. L’usage s’établit progressivement chez les hommes, jamais avares de nouvelles modes.

La cour invente bientôt le stock, complémentaire du jabot, qui enserre le cou sous un morceau de mousseline. Puis l’Angleterre renvoie la politesse à la France en inventant la première version de cravate moderne au 18e siècle, connu sous le nom de solitaire. Un ruban noir, noué autour du col. Simple et efficace.

Tout à tour bouffante, large, fine, Ascot, lavallière ou cravate contemporaine, elle ne quitte dès lors plus le vestiaire masculin. Naîtra ensuite au 19e siècle la régate, cravate moderne, dont la coupe sera amélioré en 1924 à New York, par un cravatier du nom de Langdorf, qui lui donnera son aspect définitif. Au cours du XXe siècle, seule la largeur de la coupe variera désormais, oscillant notamment de façon spectaculaire entre les années 50 et 80, de très fine à très large, pour finir par adopter une largeur médiane au début du siècle suivant.

Vieille publicité mode

Revenons désormais en 2012, afin de répondre à la question qui sous-tend cet article. La cravate skinny est-elle has been ? Sans vouloir tomber dans la facilité d’une réponse de normand, nous répondrons ceci : cela dépend. De votre habillement pour commencer, de votre corpulence pour suivre, mais aussi de la largeur du revers de votre veste, et peut être enfin de votre âge.

Il convient déjà de définir ce qu’est une cravate skinny, ou cravate fine. Chez Monsieur London, celles-ci font 6.5 centimètres de largeur, soit un centimètre de moins que nos cravates habituelles. Mais ce genre de cravate peut très bien descendre jusqu’à 5, voire 4 centimètres. Il va sans dire que le risque de mauvais gout augmente à mesure que la largeur rétrécit. Première condition donc : il faut posséder un sacré sens du style pour pouvoir porter une cravate de 4 centimètres de large sans se planter. Deuxième condition : il serait assez incongru de porter celle-ci avec un costume, sauf à vouloir ressembler à ces acteurs trop flemmards pour mettre un nœud papillon lorsque ils montent les marches du festival de Cannes. Un exemple de port autorisé néanmoins : La cravate très skinny peut se porter avec un blouson en cuir pour un effet rock. Mais là encore, 99% des messieurs ressembleront plus à une pâle copie de Fonzie qu’à un émule de James Dean. A éviter donc.    

James Dean Cravate noire

Pour les autres, qui savent que la mode est une affaire de temps quand le style lui est intemporel, on conseillera une cravate skinny large de 6 à 7 centimètres, pouvant par exemple être porté sous un pull, avec une veste en tweed et un chino, pour un effet Gentleman Farmer. Avec un peu de mesure dans l’originalité, tout est en effet portable.

Car le plus important dans une cravate, il s’agirait de ne pas l’oublier, reste la matière et la couture. Une cravate mal fabriquée, ou dans un tissu médiocre, donnera un nœud de mauvaise qualité, ce qui est beaucoup plus ennuyeux qu’un demi-centimètre d’écart avec la mode du moment.  Quant à la cravate large, elle est pour l’instant à conserver au rayon des archives, à moins que vous ne soyez un membre distingué de la « Société des ambianceurs et des personnes élégantes » ou « SAPE », mouvement Dandy né au Congo et pratiquant l’art de la démesure avec délectation. Mais ceci est encore un autre sujet.

Sapeurs Congo

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