Quelques livres pour l'été

Jun 09, 2013

Voyageur au dessus d'une mer de nuagesA l’heure où certains s’escriment à nous vanter les mérites du livre électronique, voici une sélection d’ouvrages à lire (sur papier !) pour vivre pleinement votre été. Nous laisserons aux pâles esprits utilitaristes cette invention qui permet d’emporter des centaines de livres avec soi (la belle affaire puisqu’aux dernières nouvelles, nous n’en lisons qu’un à la fois) pour savourer le plaisir inégalable que procure la lecture d’une belle édition, le craquement d’un papier de qualité, une couverture bien illustrée.  

-Les règles du jeu – Amor Towles : New York, années 30. Une jeune secrétaire aux dents longues et au foie sibérien écume les bars avec sa compagne de beuverie. Elles tombent sur un jeune milliardaire énigmatique, aux manières exquises, au manteau de zibeline et aux accents princiers, dont elles ne tardent pas à s’enticher. Débute une compétition impitoyable pour s’attacher ses faveurs, sur fond d’une Amérique en convalescence après la grande dépression et à l’aube de la guerre du Pacifique. Où l’alcool coule à flots suite à l’abrogation du Volstead Act. Il règne dans ce roman un air d’insouciance, un parfum de mélancolie, une étincelle de folie caractéristique des époques situées entre deux grands traumatismes. Le tout saupoudré d’un art de vivre très Fitzgeraldien : complets impeccables, robes affriolantes, textes tapés à la machine, Chevrolet, Scotch et porte-cigarette. A lire pour l’histoire qui vous captivera du début à la fin, pour l’atmosphère enivrante, et pour l’héroïne, Katherine, dont on s’amourache forcément un petit peu. 

-Rhum Express – Hunter S. Thompson : A Porto Rico, la chaleur accablante créé un climat d’apathie, de langueur générale. On passe le plus clair de son temps à l’ombre, en terrasse, à descendre du rhum, à errer dans les rues lorsque la température le permet, ou à végéter dans un hamac, abruti par une brûlante torpeur. Hunter S. Thompson y a passé quelques mois, en tant que journaliste dans un minable canard local. Le récit de ses frasques éthyliques et littéraires vaut le détour. On y découvre comment le Dr Thompson, génial auteur du célèbre Las Vegas Parano, faillit passer quelques années dans l’enfer des geôles porto ricaines ; coucha avec une blonde plantureuse à l’humeur folâtre ; et aida l’un de ses collègues poursuivi pour meurtre à quitter l’île par le premier avion, sous une pluie battante. Un cocktail détonnant et bien dosé, servi par une plume hors du commun. A savourer en plein cagnard, Panama vissé sur le crâne, un havane dans une main et un Cuba Libre dans l’autre.  

-Le journal d’un raté – Limonov : Edouard Limonov est né en URSS, dans la banlieue de Karkhov, actuelle Ukraine. Sa vie est un roman, une épopée en elle-même, qui débute par une carrière de jeune voyou dans sa ville natale, et se poursuit  actuellement dans les rangs de l’opposition à Poutine. Entre temps, l’homme a été poète undergound à Moscou, marié à un mannequin russe, émigré, clochard, puis valet d’un milliardaire à New-York, écrivain sulfureux à Paris, soldat dans les Balkans. C’est à peu près tout. Le Journal d’un raté a été rédigé durant les heures les plus sombres de sa période New-Yorkaise. L’auteur y crache son venin sur à peu près tout ce qui l’entoure. Il n’épargne personne, sinon les losers, les ratés, les minables, ceux dont il s’estime faire partie intégrante. Pour eux, il conserve une certaine compassion, une sorte d’amitié fraternelle. A lire pour le style explosif de Limonov, son phrasé taillé à la faucille, son écriture à coup de marteau. Car ce livre est électrique. Parce qu’Edouard est un Punk ultra-violent doublé d’un poète au grand cœur. 

-L’étrange histoire de Benjamin Button – Fitzgerald : C’est une nouvelle, et non un roman. Cela vous incitera peut-être à acheter l’un de ces recueils, ou l’intégralité de ces œuvres, soyons fou. Comme souvent chez Fitzgerald, la vie que retrace cette histoire n’est pas heureuse. Benjamin Button, né à l’état de vieillard et condamné à rajeunir tout au long de son existence, jusqu’à finir à l’état de nourrisson, est en permanence en décalage avec son entourage et son époque. Les passants l’effleurent sans le toucher. Les femmes défilent à travers sa vie comme les gouttes d’une averse du soir, tombées du ciel et vaporeuses. Quelques moments de grâce viennent toutefois rattraper l’ensemble, quelques parenthèses de bonheur où tout semble se résoudre, où le soleil ayant chassé la pluie parait s’attarder un moment. Où l’asphalte détrempé semble scintiller sous les rayons. L’écriture brillante et teintée de nostalgie de Fitzgerald donne au texte une force poignante. L’impression demeure bien longtemps après avoir refermé les pages. Une joie fugace teintée de regrets. Une série d’automnes disparus à jamais.  

Guillaume Renouard

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