Des vêtements et des peuples: l'Ecosse

Mar 11, 2013

Axel Orgeret Dechaume enfantC’est un pays qui excite l’imagination, dont le seul nom évoque les montagnes brumeuses, les lacs sans fond à l’azur glacial, les histoires terribles transmises au coin du feu, mais aussi la musique, la danse et la fête. Un peuple à l’accent aussi rocailleux qu’à l’esprit fier, et une culture renommée d’un bout à l’autre du monde. L’Ecosse, puisque c’est elle dont il s’agit, a toujours fait rêver les français, depuis les temps immémoriaux de l’ « Auld Alliance » entre les deux pays,  succession de traités d’assistance militaire remontant selon certains historiens à l’époque des carolingiens, pour s’achever formellement au 16e siècle par le traité d’Edimbourg, signé par le parlement écossais avec l’Angleterre sous le règne de Marie Stuart. Même si certaines clauses, traditions et liens perdurèrent entre les deux pays, ce qui fit dire à Charles de Gaulle en 1942, dans la ville même où avait été révoqué l’alliance quatre siècles plus tôt : " Dans chacun des combats où, pendant cinq siècles, le destin de la France fut en jeu, il y eut toujours  des hommes d'Écosse pour combattre côte à côte avec les hommes de France."

Auld alliance

La Auld Alliance à travers les ages...

De fait, ces combattants d’Ecosse firent beaucoup pour façonner la réputation de leur pays dans l’imaginaire collectif européen : De terribles highlanders, capables de terrasser la cavalerie lourde anglaise avec une infanterie armée de piques, comme le fit l’armée menée par William Wallace à Stirling, et de résister à leur puissant voisin des siècles durant. Tentons d’ailleurs une suggestion, un brin anachronique et fantaisiste, mais qu’importe la forme: Si n’importe quels autres hommes d’Europe avaient eut l’idée saugrenue de se balader en jupette, un grand rire aurait secoué le continent, de Madrid à Budapest, et l’affaire n’eut pas fait long feu. Un interdit du pape, un décret d’une quelconque autorité ecclésiastique, et les écossais se furent reculotté fissa. Mais on ne rigole pas devant William Wallace ou Rob Roy, et la tradition se perpétua.

Braveheart

Mel Gibson portant le "Fèileadh mor" dans Bravehart, deux siècles trop tot.

 Plus sérieusement, l’habit masculin écossais évolua longuement au cours du moyen age, et le kilt n’en est en fait qu’une adaptation assez récente. Il semble ainsi que les habitants des Highlands et des iles Hébrides aient portés longtemps une chemise longue appelée "Leine Crioch", originaire d’Irlande et de couleur Safran, alors que ceux des Lowlands adoptaient une tenue plus proche de celle portée par les anglais depuis l’invasion normande, c'est-à-dire d'inspiration francaise. Les plaids en tartan étaient déjà utilisés à l’époque, mais apparemment portés par-dessus les habits, comme une cape. Ce n’est qu’au 16e siècle qu’apparait le « fèileadh mor », souvent appelé « grand kilt », plaid de cinq ou six mètres de long enroulé autour de la taille et remontant à l’épaule, comme le porte par exemple quelques siècles trop tot Mel Gibson dans son film Braveheart. Ce vêtement n’est alors qu’une longue pièce de laine, brute, et non cousue, que les highlanders enlèvent parfois avant de charger l’ennemi en chemise. Comme quoi, tout n’est pas faux non plus dans Braveheart, au moins sur le sens de la pudeur des guerriers du coin.

Il faut attendre en fait le 18e siècle pour voir l’apparition des premiers kilts « modernes », ou « fèileadh beag » qui se répandent cette fois dans les highlands comme dans les lowlands, ou au moins dans le nord de ceux-ci pour commencer. La partie haute a disparu, et ne reste alors qu’un tissu entourant la taille et le haut des jambes, façon jupe. La thèse longtemps admise au Royaume Uni, pour le plus grand énervement des écossais, était qu’un industriel anglais soit à l’origine de cette évolution : Celui-ci, voyant ses ouvriers highlanders gênés dans leur travail par leur vêtement, leur aurait confectionné une petite tenue plus pratique. Fort heureusement pour l’orgueil national Scot, cette thèse est aujourd’hui réfutée par les historiens, qui n’accordent au mieux à Thomas Rawlinson qu’un rôle de promoteur du kilt en ville.

Rob Roy

Liam Neeson portant le "Fèileadh mor" dans Rob Roy, sans anachronisme cette fois.

Malheureusement pour le kilt, c’est aussi à cette époque qu’éclatent en Irlande et en Ecosse les guerres jacobines, ayant pour but de ramener sur le trône de ce qui va bientôt devenir le Royaume Uni Jacques II d’Angleterre, exilé en France après la « glorieuse révolution » de 1688, puis ses fils et petit fils Jacques François Stuart, et Charles Edouard Stuart, le fameux Bonnie Prince Charlie. Les nouveaux souverains anglais n’ayant pas du tout l’intention de rendre la place aux Stuart mènent donc une politique de répression militaire, et culturelle à l’encontre des récalcitrants, et interdisent le kilt, sous toutes ses formes en 1746, histoire de calmer les higlanders après la bataille de Culloden, qui marque la fin des guerres jacobites.

C’est donc en 1782, à la fin de l’interdiction du port du kilt, que sa version moderne s’impose définitivement dans le pays, répandu notamment par les régiments de Higlanders intégrés à l’armée du royaume. Les plis caractéristiques sur l’arrière du vétement apparaissent à la fin du siècle, mais c’est la célèbre visite du roi George IV en Ecosse en 1822 qui achève de populariser le vétement. Un événement préparé par des services de communication d’une efficacité à faire pâlir ceux de nos dirigeants modernes. Obèse, et manquant clairement de popularité parmi ses sujets, le roi avait ainsi besoin de faire un triomphe pour calmer ses détracteurs londoniens. Triomphe que Walter Scott lui apporta sur un plateau en organisant la visite.  L’écrivain, très populaire, réussit à convaincre à cette occasion les clubs de gentlemen écossais, alors représentants de la noblesse des highlands et lowlands et présents dans tout le Royaume-Uni, ainsi que les chefs de clan, de recréer une Ecosse mythique et légendaire pour accueillir le roi. Le renouveau celtique était alors en plein essor, portée par le romantisme littéraire et artistique qui battait son plein dans toute l’Europe, et les écossais acceptèrent, ravis, de « recréer » les us et coutumes de leurs ancêtres, en espérant tirer parti de la visite pour desserrer un peu la main de fer de l’Angleterre sur leur pays.  

George IV Ecosse

George IV en visite en Ecosse, portant un kilt en tartan Royal Stewart.

Vétus de leur tenue « traditionnelle » quelque peu revisitée, les nobles Ecossais accueillirent donc le roi lors d’un « Royal pageant » à Edimbourg, et c’est à cette occasion que les fameux tartans, décorations typiques depuis des siècles dans le pays, devinrent  les couleurs attitrés des clans et familles du pays, coutume qui n’existait absolument pas avant le 19e siècle. Le roi lui, porta un kilt décoré du Tartan appelé à passer à la postérité sous le nom de Royal Stuart, à dominance rouge, et certainement le plus connu de tous. Dès lors codifié, le port du kilt et l’usage du tartan passèrent à la postérité dans tout le Royaume uni, et dépassa bientôt les frontières des iles anglaises avec l’émigration d’écossais en Amérique du nord.

Sean Connery kilt

Sean Connery en kilt aux Etats Unis.

Porté lors des grandes occasions ou de rassemblements populaires, le kilt n’a pas évolué depuis le 19e siècle. On l’associe avec une ceinture en cuir, à laquelle est accrochée un « Sporran », sorte de petite sacoche souvent finement ouvragée, surtout pour le soir. Un vrai highlander portera aussi le « Sgian Dubh », petit couteau fabriqué à l’origine avec des éclats d’épée, dans la chaussette droite. De nos jours, le kilt peut se porter de façon décontractée, avec de simples chaussures noires et une chemise, ou d’une manière plus formelle. Dans ces occasions, on lui associe généralement une veste de type spencer, et une cravate. Parmi les adeptes de cet usage : Sir Sean Connery, grand élégant devant l’éternel. En ce qui concerne le couvre chef, les trois plus courants sont le «Tam o’Shanter», bonnet à pompon nommé d’après un héros du grand poète Ecossais Robert Burns, le «Balmoral bonnet»<, variante du précédent replié sur un côté, et porté notamment par les soldats du célèbre « Black Watch », et le «Glengarry», calot d’usage civil et militaire lui aussi.

Chapeaux écossais

Tam o'Shanter, Balmoral bonnet et Glengarry.

Evidemment, le tout se complique si l’on n’est pas né à Aberdeen, Inverness, Edimbourg ou dans quelque autre partie de ce charmant pays ou l’on chante « Scotland the brave » en se brossant les dents. Depuis le renouveau celtique des années 70 en France, dans les Asturies ou en Amérique du nord, certains se sont mis à adapter le port du kilt à leurs coutumes locales, façon de magnifier un « costume celte » unifié.  Le tout nous laisse un peu perplexe, et il n’est pas dit que les quelques bretons bretonnisant s’étant mis à cette mode y gagnent en patrimoine culturel, le leur étant déjà suffisamment riche comme cela.  Quoi qu’il en soit, des tartans locaux ont été enregistrés auprès de la  « Scottish Tartans Authority»  pour les différents pays de Bretagne, c'est-à-dire ceux de Vannes, Saint Brieuc, Nantes, Cornouaille, Montagnes noires, Léon, Dol, Trégor, Saint Malo et Rennes. S’ajoute à ceux-ci une flopée d’autres motifs « nationaux » calqués sur le drapeau breton ou les couleurs de villages ou iles. La Normandie a suivie le mouvement, et il existe donc aujourd’hui des tartans français tout ce qu’il y a de plus officiel. Mais le plus ancien de ceux ci fut accordé en 1992 à la ville d'Aubigny sur Nère, dans le Cher, ancienne cité des Stuart depuis la remise des clés de la ville à Jean Stuart de Darnley par le roi Charles VII en 1423.

Tartans écossais

Tartans «Royal Stewart», «Auld Alliance» et «Aubigny»

Dans le cas, plutôt probable, ou vous ne seriez ni breton, ni normand, ni natif d'Aubigny sur Nère d’autres solutions existent. Tout d’abord, rien ne vous force à porter le kilt, même invité en Ecosse pour un quelconque événement. Les locaux préféreront d’ailleurs que vous portiez sagement un costume plutôt que vous fassiez une faute de gout en vous affublant d’un tartan au couleur d’un clan auquel vous n’êtes pas affilié, ce qui est encore pire que porter la cravate d’un club auquel vous n’appartenez pas. Si vous  souhaitez vraiment vous mettre aux coutumes locales, nous vous conseillerons alors de porter le Auld Alliance tartan, créé par l’institut français en Ecosse pour fêter ses 60 ans et plus de 1000 ans de liens indéfectibles entre nos deux pays. Pour ne rien gâcher, le motif enregistré auprès de la « Scottish Tartans Authority» en 2006 est absolument superbe.

 

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