Des vetements et des peuples.

Feb 20, 2013

Cavaliers arabesAvez-vous des amis portant la tunique ? Des voisins arborant fièrement en allant faire leurs courses un costume traditionnel provençal ? Un frère passant chaque matin son plus beau pourpoint avant de se rendre au bureau ? L’affaire parait peu probable…Cela fait désormais peu ou prou deux siècles que l’habit masculin est le même pour tous sur le vieux continent, un siècle et demi en Amérique du nord, un peu moins en Amérique du sud, et quelques décennies seulement dans une grande partie du reste du monde urbanisé. En 2013, la majeure partie de la planète, même celle qui était étrangère aux coutumes européennes il y a peu, identifie l’habit formel masculin à l’association costume cravate, et l’habit ordinaire au jean, porté avec une chemise ou un tee-shirt.  Faut-il y voir un progrès ?

Pour ce qu’on appelle un peu grossièrement l’Occident, cette évolution a précipité l’appauvrissement du costume, réduit pour le commun des mortels à son expression la plus simple. Oubliés les guêtres, cannes et tour-de-bras, remisés les chapeaux, bretelles et nœuds papillons… Même la cravate semble aujourd’hui en péril. Notre costume contemporain est l’expression la plus simple, voire simpliste, de ce qu’il fut lors de sa création à l’orée du 19e siècle, lors de l’adoption du pantalon et de la cravate régate.  

Indiens d'amérique

Mais dans le reste du monde, et c’est aussi vrai pour une partie de l’Europe, l’uniformisation culturelle dans le domaine vestimentaire a tout simplement signifié la disparition d’une grande partie des costumes préexistants.  Peu de choses séparent aujourd’hui les  coutumes vestimentaires des occupants des quartiers d’affaire de Shanghai, Paris, Sao Paulo, New York ou Luanda, si ce n’est une adaptation du tissu et du manteau en fonction de la météo locale. En adoptant l’économie de marché et les habitudes de consommation contemporaines des pays de l’hémisphère nord, des peuples entiers ont relégués leurs habits à la case « folklore », parfois par simple influence du soft power « occidental », de la télévision, ou encore de l’industrie cinématographique holywoodienne, parfois contraints et forcés, comme les turcs sous Mustafa Kemal Atatürk.

Guerriers Tanganika

Bien sur, il reste des foyers de résistance à ce large mouvement. Citons notamment les pays de la péninsule arabique, ou les hommes continuent à porter de manière usuelle leur habit traditionnel, pratique qui ne semble montrer aucun signe d’essoufflement, ou encore une bonne partie du sous continent indien, et de l’Asie du sud est. Ailleurs, des pratiques cohabitent, comme au Japon, et dans une moindre mesure en Ecosse, où le kilt reste utilisé d’une manière plus large que pour le simple plaisir des touristes. Mais y a-t-il encore en Europe d’autres lieux où le costume traditionnel soit encore d’usage, au moins pour les jours de la fête, et pas seulement en tant que représentation folklorique ?

Il est étonnant qu’à une époque où l’industrie de la mode cherche en permanence à réinventer ses collections et leurs styles afin de renouveler l’intérêt des consommateurs, le monde entier finisse par être habillé de la même façon, à quelques nuances de matière et de couleurs prés. Dans le numéro de février du magazine Historia, dédié à la mode, Sylvia Jorif, journaliste au magazine Elle, citait une phrase de Pierre Cardin sur la question. Celle-ci mérite d’être reproduite in extenso : « Je pense que l’on va vers un essoufflement de la mode et bientôt on ne voudra plus y croire, car elle va beaucoup trop vite, au-delà du désir des gens. Cette mode, qui se globalise sans cesse, habille de la même façon de Rio à Pékin, va elle-même s’étouffer. Car il n’y a rien de plus dangereux que de perdre son identité. Avant, à travers une robe, on pouvait dire un pays, un climat, une nationalité. Le vêtement définit, le vêtement est une radiographie. A terme, les gens, les pays, le monde vont vouloir se réapproprier leur personnalité. »

Groupe de cosaques

Le retour sur la scène internationale des pays dits en développements permettra-t-il à leurs créateurs de mode de remettre à l’honneur leurs costumes traditionnels, ou  tout du moins des versions modernisées de ceux-ci ? La question mérite d’être posée. En attendant, l’Almanach de Monsieur London vous prépare une série d’articles sur les plus beaux costumes masculins d’autres horizons ! Dans les prochaines semaines, nous tenterons ainsi de passer en revue quelques uns de ces trésors du patrimoine culturel mondial, du Kimono à la Gandourah en passant par le Kilt, les tissus andins ou encore les brandebourgs des hussards hongrois. Voila de quoi nous occuper quelques temps…

F. McKenzie  

Vous aimerez peut être aussi : 

Jean Rochefort

Notre jeu concours                Rochefort, l'élégance du cavalier    Notre sélection de gants


Suivez-nous