Les grandes étoffes masculines.

Jan 14, 2013

TweedL’Almanach de Monsieur London vous propose une petite introduction sans prétention aux tissus phares de la garde robe masculine, ou tout du moins à ses grands classiques hivernaux.  Il va sans dire que nous mélangeons ici les types d’étoffes, comme le tweed, et les types de motifs, comme le tartan, les deux se confondant souvent dans un même tissu.

Tweed, le classique des classiques

Harris TweedDonegal Tweed

          Label Harris Tweed                                                           Donegal Tweed

Commençons par la base, puisque le tweed semble être aujourd’hui, et ceci particulièrement en Angleterre, le tissu le plus représentatif de l’habillement masculin. Un succès toujours renouvelé, et dû autant à sa solidité et à sa praticité qu’à sa simplicité, lui permettant de traverser les époques et les saisons  sans se démoder. Tous les quatre ans, on voit ainsi les unes des magazines de mode refleurir d’étoffes écossaises, et les titres affirmer bien haut : « le retour du tweed. » Était-il jamais parti ?

Créé il y a des siècles en Ecosse, et tissé dans les îles Hébrides extérieures, dans le nord ouest de l’ile, à partir de la laine des moutons présents sur place depuis toujours, le tweed a fait son apparition dans le reste de l’Angleterre au 19e siècle, comme tissu idéal pour les activités extérieures. Originellement appelé « Tweel », son nom fut déformé lors de sa popularisation, peut être par assimilation erronée à la rivière Tweed, coulant bien plus au sud, à la frontière avec l’Angleterre. Les marchands anglais, peu au fait des subtilités étymologiques de leurs cousins du nord, ne cherchèrent pas à corriger l’erreur.  

L’expansion du tissu fut favorisée par Catherine Murray, comtesse de Dunmore.  Veuve dans les années 1840, cette aristocrate anglaise hérita des milliers d’hectares dans les iles Harris et Lewis, au nord des Hébrides extérieures. Durant les grandes famines qui sévirent les années suivantes dans les Highlands, dues au mildiou de la pomme de terre, Lady Murray se prit de passion pour la production de laine provenant de ses domaines insulaires, et soutint l’industrie locale en commandant un tweed aux couleurs du tartan des Dunmore, afin d’habiller son personnel en charge des chasses et pêches du domaine.  

C’est ainsi que naquit le « Harris Tweed », plus prestigieux des labels, et aujourd’hui protégé par la « Harris Tweed Authority », qui veille au grain, soutenu par un acte officiel du parlement écossais. Datant de 1993, celui-ci établit que l’appellation ne peut être accordée qu’au tweed « de laine vierge pure produits en Ecosse, filé, teint et fini dans Hébrides extérieures et tissé à la main par les insulaires dans leurs propres maisons dans les îles de Lewis, Harris, Uist, Barra et leurs dépendances connues sous le nom des Hébrides extérieures. » Et gare à ceux qui tenteraient de couper court ! Plusieurs procès permirent au cours du XXe siècle de garantir l’appellation contre ses copies écossaises non insulaires, voire japonaises.

Parmi les autres tweeds unis les plus connus se trouvent le Donegal, fabriqué en Irlande dans le comté du même nom, ou encore le Cheviotte, issus des monts Cheviot, au nord de l’Angleterre. Mais de nombreux autres productions locales ont toujours existées à travers toute l'Ecosse. Pour ses casquettes en tweed, Monsieur London utilise ainsi un tweed provenant d'une petite production artisanale située dans les Scottish Borders, et réalisée en laine de mouton de race Hebbridean. 

Les evolutions du tweed, Shepherd's check, Houndstooth et Herringbone

Shepherd's CheckHoundstoothHerringbone

Shepherd's Check                           Houndstooth                                    Herringbone

Moins connus de nos jours, mais faisant aussi partie de la famille des tweeds, certains tissus à motifs ont fait les beaux jours de la mode masculine au XXe siècle. Ainsi du Shepherd’s check, peut être un des plus anciens du Royaume Uni, et plus communément appelé pied de poule en France. Celui-ci pourrait remonter à l’époque romaine, et fut utilisé en Ecosse au cours des siècles comme tartan traditionnel des bergers écossais, des ducs de Northumberland, et conséquemment du comté du même nom et de l’ancien régiment du royal Northumberland fusiliers.

Le Houndstooth quant à lui est originaire des Scottish Lowlands, c'est-à-dire du sud du pays. Noir et blanc, et assez proche du Shepherd’s check, il fut remis à la mode dans les années 60 par les mods anglais, avant d’être popularisé par Christian Dior et Chanel dans leurs collections.

Autre type de tweed à motif, le Herringbone est un tissu à chevron, utilisé notamment dans la confection de costumes. Classique anglais,  il reste un des tissus favoris des tailleurs de Savile Row.

Un motif écossais, le Tartan

Black Watch tartanCulloden tartanMac Kenzie tartan

       Black Watch tartan                        Culloden tartan                  Mac Kenzie tartan

Lui aussi bien évidemment originaire d’Ecosse, le Tartan est le motif traditionnel s’apparentant avant le 19e siècle à la région d’origine de son porteur, puis à partir de 1822 aux différents clans de l’ile. A cette date, la visite du roi anglais George IV, marque de paix envers un territoire longtemps en guerre avec le reste du Royaume, poussa ainsi les écossais à revenir vers leur habit traditionnel, longtemps interdit par l’occupant. Les tartans furent alors « sanctuarisés », chacun correspondant désormais à un clan. La visite d’Etat contribua grandement à la popularisation du motif dans le monde entier.

Le prince de Galles, une création anglaise

Tissu prince de Galles

                                                  Tissu prince de Galles

Pas plus que la cravate d’un club ne le comptant pas parmi ses membres, un gentleman ou une lady digne de ce nom ne saurait porter le tartan d’un clan auquel il n’est pas affilié. Au 19e siècle, cette subtilité n’échappa pas à Caroline, Comtesse de Seafield, dans les environs d’Inverness, d’origine néo zélandaise. Elle adopta donc pour sa maison un tissu appelé dans la région « Glen Urquhart », pour lequel le prince de Galles Edouard de Saxe Cobourg Gotha, futur Edouard VII, eut un coup de cœur lors d’un voyage en Ecosse. Les deux familles ayant le même tailleur, Henry Poole, de Savile Row, il fut facile au prince de se faire confectionner des costumes dans un tissu proche, appelé « Mar ». Celui ci passa définitivement à la postérité sous le nom prince de Galles lorsqu’un autre prince, le futur Edouard VIII cette fois ci, le porta lors d’une visite aux Etats Unis au début du XXe siècle, à la grande joie des gazettes, et des tailleurs de New York qui l’adoptèrent.

De l’autre côté de l’Atlantique, le gun club check

Coigach tweedGun Club checkGun Club check

    Coigach tweed                                Gun Club check                        Gun Club check

Evolution américaine du Shepherd’s check, le Gun club en est une version colorisée, à l’origine typique de la péninsule de Coigach, située en Ecosse, dans les Highlands du nord ouest. Adoptée par un club de tir du nouveau continent en 1874, le motif perdit vite ses bandes rouges et noires pour être adapté selon l’envie et la mode du moment. C’est désormais un grand classique américain.

Loden

Loden

                                                      Loden

Équivalent continental du tweed, tant par sa rusticité que par ses origines liés au monde pastoral, le Loden est un tissu de laine originaire des alpes, et plus précisément du Tyrol. Traditionnellement, sa production provient donc du nord de l’Italie, d’Autriche et du sud de l’Allemagne. Le mot proviendrait d’ailleurs du haut allemand « Loda », signifiant simplement, manteau en gros drap de laine. Dès le moyen âge, l’étoffe aurait été populaire dans toute la région, mais il faut attendre là aussi le 19e siècle pour qu’elle se répande au delà de ses frontières naturelles. C’est en effet à cette époque que la manufacture Mössmer, située dans le sud Tyrol, aujourd’hui en Italie, à la frontière autrichienne, eut l’idée d’introduire de la laine mérinos dans sa trame pour confectionner un manteau de Loden blanc destiné à l’Empereur François Joseph. Dès lors, le tissu se répandit sur le continent, notamment pour les activités extérieures comme la chasse. Aujourd’hui sa couleur la plus traditionnelle est le vert foncé. 

F.McKenzie

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