Quand les militaires inventent le bermuda.

Apr 15, 2014

Bermuda shortAu cours du XIX e siècle, les armées européennes se retrouvent sur des terrains d’opération lointains, sous des climats qu’elles n’avaient jamais connus, du moins plus depuis les dernières croisades. Citons notamment l’expédition d’Egypte ou la conquête de l’Algérie pour les français, ainsi que les opérations en inde ou la guerre des boers, dans ce qui deviendra l’Afrique du sud, pour les anglais. Afin d’assurer leur efficacité au combat, les hiérarchies militaires adoptent progressivement des tenues plus adaptées, souvent inspirées de celles de leurs mercenaires et supplétifs locaux.

Première variable d’ajustement sur des terrains poussiéreux : la couleur. Comme le rappelait ainsi Julien Neuville dans un article de M le magazine du monde daté du 28 mars dernier, « Au milieu des années 1800, l'armée britannique est en campagne en Inde. Les vestes écarlates et pantalons blancs sont peu adaptés aux paysages arides. » Avançant sur des terrains très éloignés de champs de bataille européens auxquels les ont habitués les guerres napoléoniennes, les soldats anglais chargés de protéger les intérêts de la compagnie britannique des indes Orientales, puis bientôt du Raj, se retrouvent avec un équipement peu pratique. En 1846, un officier à l’idée de teindre son uniforme à l’aide d’un mélange local, lui donnant ainsi une couleur Kaki, mot tout droit venu d’un mot hindi décrivant les tonalités de la poussière. Les décennies suivantes voient la couleur se répandre dans toute l’armée britannique, qui mène justement ses guerres de l’époque dans des climats s’y prêtant tout à fait, en Afrique du sud notamment.

Jodhpur

Deux exemples de Jodhpurs féminins des années 30.

C’est en Inde toujours que les officiers découvrent un sport local durant leur temps de loisir : le polo. Pratiqué depuis des siècles dans la zone d’influence perse, ce jeu est adopté presque immédiatement par les gentlemen de la cavalerie anglaise. Ceux-ci l’importent ensuite en Angleterre, d’où il se répandra en Europe, ainsi qu’en Amérique du nord et en Argentine. Quelques années plus tard, un peu avant la fin du siècle, le Maharadjah de Jodhpur visite l’Angleterre à l’occasion du Jubilé de diamant de la reine Victoria. Passionné de Polo, son altesse Pratap Singh d’Idar ne manque pas de montrer la tenue des joueurs de son royaume au prince de Galles, futur Edouard VII, dont il est alors l’attaché militaire. Le pantalon intrigue, par son aspect très pratique pour l’équitation : une taille large autour des hanches et des cuisses, se resserrant ensuite au genou et sur les chevilles. La chose est alors commune en Inde et dans d’autres pays d’Asie, où les pantalons trop serrés sont désagréables lors des grandes chaleurs, mais fait sensation en Angleterre, où les tailleurs de Savile Row s’empressent de la reproduire. Le jodhpur fait son entrée dans la mode européenne par le biais du sport, avant de se voir complément adopté lors de la première guerre mondiale en équipant de nombreux régiments à cheval ou en moto. Il deviendra le pantalon pratique des années 20, porté par les réalisateurs d’Hollywood ou encore les modèles de Coco Chanel.

Mais le Jodphur n’est pas le seul vêtement provenant des colonies anglaises que popularisa la première guerre mondiale. Bien loin de l’Inde, au milieu des Caraïbes, les Bermudes accueillent en 1914 l’État-major britannique pour l’Atlantique nord. La légende dit que la boutique d’un certain Nathanial Coxon, l’une des seules à proposer du thé en ville, se retrouve alors emplie d’officiers britanniques à la recherche de leur breuvage national, et cela du matin au soir. Le climat caribéen étant particulièrement chaud et humide, la température devient vite invivable dans la boutique, et le bon Nathanial doit faire face aux récriminations de ses employés, qui se plaignent de travailler dans une fournaise infernale, et réclament de nouvelles tenues. Un peu radin, le patron avisé récupère leurs pantalons kaki, les coupe au-dessus du genou, et leur rend. Les soldats qui fréquentent la boutique trouvent l’idée judicieuse, et l’adoptent à leur tour, et ceci jusqu’au contre-amiral Mason Berridge. Le bermuda est né.

Spahis marocains

Affiche à la gloire du 4e régiment de Spahis Marocains.

Comme souvent en matière de mode masculine, chez les militaires comme ailleurs, c’est ainsi aux anglais que l’on doit bon nombre d’innovations. Est-ce à dire que les français étaient trop guindés pour apporter eux aussi quelques touches locales à leur uniforme lors des campagnes coloniales ? Certes non, et les longues capes, (appelés Burnous en Algérie et Selham au Maroc), portés par les cavaliers locaux recrutés dans les régiments de Spahis français furent rapidement adoptés aussi par les officiers continentaux. Quelques unités perpétuent d’ailleurs toujours cette tradition, comme le premier régiment de Spahis aujourd’hui basé à Valence, dans la drome. Mais la différence est que ces trouvailles militaires ne firent pas tache d’huile chez les civils, contrairement à l’Angleterre.

Valentin Goux.

Retrouvez les épisodes précédents de notre série sur l'histoire des vétements au soleil.

1. Introduction.

2. Le temps des colons.

Prochain épisode : Des cargos pour l’orient.
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