Quand ces dames nous piquent nos fringues...

Feb 20, 2014

Poster feminismeFallait-il donc qu’elles soient jalouses ! Des années de rancœur, de ressentiments amers et de dépits stylistiques ont éclatées récemment, au simple énoncé d’une question pourtant fort innocente. Il s’agissait pour nous de savoir quels étaient les accessoires masculins dont ces dames étaient les plus férues, et qu’elles auraient rêvées de pouvoir porter. Malheur. Quelle boite de Pandore n’avions nous pas ouverte là ! Sur nos pages françaises et anglaises, les commentaires se mirent à pleuvoir. Bretelles, chapeaux, malles en cuir, sacs, chaussures, cravates, nœuds papillon, tout y passa. L’inventaire entier. La penderie de haut en bas. Et les sous vêtements avec ! Grand déballage d’amertume!  A n’en pas douter, nous avions touché là une corde sensible…

Et nous qui croyions bêtement, assis dans le confortable intérieur de nos bureaux londoniens, que les femmes avaient déjà tout ! Des marques à n’en plus finir, des journaux consacrés à leurs tenues, des accessoires en pagaille, des chapeaux en osier et des soutiens-gorge en taffetas, des chaussures fabriqués en inde, en Italie, au Japon, des plumes partout, du strass à ne plus savoir qu’en faire, de la dentelle et des broderies, du satin, de la soie et des lainages doux pour l’hiver ! Que sais je encore…. Mais la vérité était bien autre, et il fallut vite nous rendre à l’évidence : Ces donzelles sont insatiables ! Il ne leur suffit pas d’occuper quatre vingt pour cent des espaces consacrés à l’habillement, et de ne laisser à la mode masculine qu’une portion congrue des journaux, il leur faut encore nos effets, jusqu’au dernier.

Femme du 19e siècleFemme du 19e siècle

Stupeur. Consternation. Et si elles venaient nous piquer aussi nos costumes, notre tweed et nos cravates ? Que nous resterait-il ? Le tee-shirt blanc ? Pensez-vous ! Voila des années que Petit Bateau l’a adapté pour nos copines. La veste ? Vous avez 66 ans de retard sur Christian Dior, qui leur a refilé en 1947 sous couvert de « New Look ». Les mocassins ? Toujours pas ! La chemise à carreau ? Pas mieux… Naïfs que vous êtes, vous qui n’avez jamais lu les articles « je pique les fringues de mon copain » dans les hebdos féminins. Ils ont bon dos le look « oversize » et le brunch du dimanche !

Et bien soit. Il ne sera pas dit que Monsieur London a reculé devant l’obstacle, et détourné son regard devant la souffrance d’une demoiselle en détresse. Et puisque tous nos attributs sont destinées à être invariablement détournés par ces dames, qu’au moins, l’on nous laisse mener la danse. Mesdames, voici donc quelques conseils avisés pour vous approprier nos accessoires. 

Commençons simple. Le premier commentaire concernait la combinaison nœud papillon et boutons de manchettes. Soyons clairs : rien ne vous empêche de tenter l’expérience, si vous savez éviter quelques écueils stylistiques qui pourraient vous faire ressembler en deux temps trois mouvements à un banquier bedonnant. Optez donc pour les boutons de manchette les plus discrets possibles, et pour un nœud papillon sobre. Et associez le tout à un smoking pour femmes, façon Marlène Dietrich dans Coeurs Brulés, ou Yves Saint Laurent années 60. Mais pour être sure de votre coup, on ne saurait trop vous conseiller de choisir l’un ou l’autre, en alternance. Un costume avec des boutons de manchettes et un chemisier décolleté, dans le style de Valérie Lemercier aux Césars 2007 par exemple, ou un nœud papillon porté avec une chemise, un cardigan et un jean, pour un style plus relax.

Marlene Dietrich

L’objet suivant de l’attention de ces dames semble avoir été les mallettes en cuir. Soyons honnêtes, la chose est ici assez simple. Une belle sacoche en cuir, cousue main de préférence, s’adaptera parfaitement à une tenue féminine décontractée, à condition de la porter à l’épaule et pas à la main, pour ne pas ressembler à une écolière ayant piquée le cartable de son père. Hormis cette légère réserve donc, il n’y a aucune raison pour une femme de ne pas tomber sous le charme d’un sac en cuir pour hommes. A moins bien sûr d’aller à une soirée de Gala à la Scala de Milan, mais il nous semble que vous vous en doutiez.

Vint ensuite le cas plus spécifique des bretelles. La question est ici délicate, et il serait compliqué d’y répondre par une simple affirmative. En effet, il n’y a pas de raison absolue s’opposant au port des bretelles par les femmes, si ce n’est quelques motifs d’ordre physiologiques. La nature vient ici s’immiscer dans le débat, et nous en sommes forts marris, mais il faut bien finir par expliquer le problème : seules les poitrines les plus humbles se révéleront adaptés au port de cet accessoire. Pour les autres, les bandes de tissu viendront au choix comprimer, déformer ou saucissonner le décolleté, ce qui révélerait des plus disgracieux, sans même parler des problèmes de confort. Reste encore un artifice : porter les bretelles pendantes sur le pantalon, pour un effet années 80.

Autoportrait d'Elizabeth Vigée Lebrun

Pour la cravate, attention à l’effet travesti. Il s’agit là de l’élément central du vestiaire masculin depuis plus d’un siècle, et l’adopter sans l’adapter mènerait la plus élégante de ces dames à la catastrophe. On privilégiera donc des formes plus adaptées de cravates, plus proche du foulard, ou de la cravate régate originelle, c'est-à-dire un fin ruban noir passé noué du cou. Nous conseillerons mêmes des versions plus anciennes, comme celles portées par les femmes au XVIIe siècle, en mousseline de soie ou dentelle. Un simple nœud fait d’un ruban de couleur sera aussi du plus bel effet, comme sur le détail d'un autoportrait d’Elizabeth Vigée Lebrun accompagnant ce paragraphe.

Cravate, nœud papillon, bretelles, boutons de manchettes et sacs en cuir… Voila le tour de nos penderies effectué. Circulez ! Plus rien à voir. Ne restent plus que quelques babioles au fond de nos tiroirs. Comme nos montres par exemple, mais voila longtemps que les femmes les portent sans nous demander la permission. La boucle est bouclée, et il ne nous restera bientôt plus que nos fixes chaussettes pour pleurer, fixes chaussettes que du reste, nous ne portons même plus.  Quant au chapeau, il est à craindre que les hommes aient eux-mêmes quittés la partie, au point que seules quelques femmes portent encore des feutres masculins en ville. Pour un effet des plus élégants par ailleurs. Car c’est bien là le fond des choses : au vu de la paresse des hommes en matière de mode, heureusement que les femmes sont encore là pour piquer leurs fringues, les sauvant ainsi de l’extinction. 

 F.McKenzie

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