Porter une pochette avec élégance...

Feb 03, 2014

OSS 117S’il est un accessoire qui symbolise à lui seul le retour en grâce de l’élégance masculine après deux décennies de calme plat, c’est celui-là. La pochette, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, semble décidée à s’imposer de nouveau dans nos vestiaires depuis quelques années, pour notre plus grande joie. Est-ce dû au succès de la série « Mad men » ? Sans doute un peu. Don Draper et Roger Sterling sont en effet deux enthousiastes du pliage de pochettes, même si le second y met souvent plus d’imagination et de gout que le premier.

Ce n’est là que justice. Après tout, le mouchoir, dont la pochette n’est qu’un avatar modernisé, accompagne l’humanité depuis l’Egypte ancienne. Il aurait été triste de le voir disparaître comme un malpropre sous prétexte que les hommes modernes n’en avaient plus l’usage, que celui-ci soit esthétique… ou hygiénique. Car il faut le rappeler, le mouchoir fut d’abord un accessoire utilisé pour se moucher le nez, se protéger des mauvaises odeurs et se laver les mains, en des époques dépourvues de lavabo et de kleenex.  

Le moyen Age vit d’ailleurs le mouchoir démocratisé par le roi Richard II d’Angleterre, et son usage détourné de multiple façon. Il fut ainsi coutume pour les demoiselles de la renaissance jusqu’au XIXe siècle de laisser tomber leur mouchoir à la seule fin qu’un galant les ramasse, et en fasse une excuse pour les approcher sans malséance. Faut-il chercher plus loin l’ire d’Aramis lorsque d’Artagnan lui ramasse son mouchoir, dans les premières pages des trois mousquetaires ? En plus de compromettre la dame l’ayant donné au beau mousquetaire, le jeune gascon commet un impair quelque peu embarrassant…

Aujourd’hui porté par les hommes, le mouchoir fut pourtant longtemps affaire de femme. C’est d’ailleurs Marie Antoinette qui fit pression sur son mari afin de réglementer leur taille, rendant enfin possible leur utilisation par les élégants, et les élégantes. La reine ne pouvait pas le savoir, mais ceci allait permettre au siècle suivant, grâce à la généralisation du costume à deux ou trois pièces, de rendre son utilisation vestimentaire possible par les hommes. De fait, si le mouchoir utilisé pour de basses taches était conservé dans la poche du pantalon, on pris bientôt l’habitude, vers la fin du XIXe siècle d’en garder un autre, propre, dans la poche extérieure de sa veste, côté cœur. Quelques dandys commencèrent un jour à faire sortir l’ensemble, d’autres à le faire pointer ou à le plier. La pochette de costume était née, remplaçant petit à petit la boutonnière chez les messieurs.

Dans les années 20, la pochette fait fureur, et son utilisation commence à se restreindre à la mode, le reste étant désormais vu comme peu hygiénique. L’apparition des mouchoirs en papier fera le reste. L’après guerre consacre le triomphe de ce nouvel accessoire de mode, avant que la fin des années 80, les années 90 et le début des années 2000 ne le relèguent aux oubliettes d’une histoire stylistique désormais appeler à consacrer le règne du "casual" tout puissant. Halte au feu donc, plus de pochettes, plus de cravates, et plus de costume. C’était aller un peu vite, oubliant le gout de la mode pour les répétitions.

Revenue en force, la pochette se porte aujourd’hui de différentes façons, et il est notamment admis de l’arborer sans cravate, pour un effet élégant décontracté. Quelques règles subsistent pourtant dans son utilisation. En France, dans les milieux de la vieille bourgeoisie connaisseuse des anciens manuels de savoir-vivre, on considère en général que la pochette ne se porte qu’en soirée. Cette règle sans vraie justification nous parait sujette à caution. Mais autant la connaitre, pour pouvoir mieux la détourner. Il est en revanche important de veiller à ne pas montrer la marque ou le monogramme de la pochette, généralement imprimé sur la soie, lors du pliage de l’accessoire. De même, on évitera de porter pochette et cravate de la même couleur, sauf à faire varier les matières et motifs. Si les deux sont bleus, il s’agira ainsi de privilégier la grenadine de soie, le tricot ou la laine pour la cravate, et une soie simple à pois ou motif cachemire par exemple sur la pochette.

Reste ensuite la question primordiale, celle qui angoisse tous les jeunes élégants à la veille d’acquérir leur première pochette. Comment la porter ? La réponse est assez simple : avec fierté. Les pliages les plus biscornus ne remplaceront jamais l’aisance. Il est donc surtout important de ne pas se sentir déguisé. Un pliage simple, bouffant, ou en triangle fera donc bien l’affaire pour commencer.  Les autres sont très bien aussi, pour peu qu’on les assume. Mais ces pliages alambiqués, à deux, trois ou quarante pointes ont aussi la fâcheuse habitude, pour qui n’est pas un expert de la chose, de se défaire et de finir par ne plus ressembler à rien. Autant privilégier la simplicité, qui nous ne le rappellerons jamais assez, est un synonyme de l’élégance.

Jean-Pacôme Chichirelli

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