Parlons un peu de sapologie.

Jan 14, 2014

SapeurCela faisait bien un an qu’il fallait qu’on en parle. L’idée était là, l’envie aussi. Mais rien ne venait. Par peur de l’inconnu surement, par manque de connaissance aussi. Aborder la question de la « Société des Ambianceurs et Personnes Elégantes », souvent résumée par l’acronyme SAPE, ou sous le nom de « sapologie »,  ce n’est pas seulement décrire un mouvement de mode africain, c’est entrer dans un monde. Un monde avec ses propres codes, ses termes alambiqués, ses stars et ses artistes, ses hauts lieux enfin.

Commençons donc par ceux-ci. La Sape est principalement vivace au Congo Brazzavile, notamment dans le quartier de Bacongo, autour de l’avenue Matsoua. Mais quiconque a vécu dans le nord-est de Paris sait que le mouvement a de nombreux adeptes du côté de Château d’eau, à quelques pas de la gare de l’Est, ou de Château rouge, dans le 18e. Là, entre les boutiques de coiffure afro et les restaurants exotiques, quelques élégants se baladent en permanence vêtus d’un costume rouge ou vert et portant veston, chapeau, cravate ou nœud papillon. Un défilé de mode permanent.

Sapologie

Le mouvement serait d’ailleurs né à Paris, créé par quelques immigrés qui se chargèrent ensuite de le populariser dans leur pays d’origine, avec des évolutions dans les autres pays francophones d’Afrique de l’Ouest. La base reste pourtant la même : des habits travaillés, inspirés des Dandys européens du début du XXe siècle. La panoplie est complète : souliers vernis, chaussettes colorées, costume trois pièces avec souvent un gilet dépareillé, cravate, montre à gousset, chapeau de couleur, et même souvent une canne hyper travaillée.

Le premier d’entre eux aurait été Christian « l’enfant mystère » Loubaki. Un immigré congolais employé de maison en 1975 dans le XVIe arrondissement parisien. Récupérant les vieilles fringues de la famille, il les met pour sortir le week-end, provoquant cette boutade un tantinet paternaliste de son patron : « Habillé comme ça, tu vas saper le moral de tes amis ». La légende dit que Christian aurait mal compris le sens du mot sape. Rentrant bientôt au pays, il se targue d’être « l’homme le mieux sapé de Brazzaville ». D'autres attribuent l'invention du mot au musicien de Kinshasa Papa Wemba, proclamé Pape de la sape par ses fans. Quoiqu'il en soit, un mouvement est né... 

SAPE

Avec l’arrivée de la culture bling dans les années 90, le mouvement sapeur se scinde, certains adoptant un style plus show off, choquant parfois leur communauté par leur insouciance affichée par rapport à un argent qui manque pourtant cruellement dans le pays. On peut ainsi citer l’ivoirien Douk Saga, artiste créateur du coupé décalé, et inventeur du « travaillement ». Une pratique consistant en gros à balancer des billets de banques sur les gens.  Très classe dans un pays où 43% de la population vit sous le seuil de pauvreté… Il faut dire que Douk Saga, disparu en 2006, était le petit fils de Felix Houphouët-Boigny. Surement plus simple de jeter des billets lorsque grand père a été le premier président du pays.

Les vrais sapeurs se recentrent aujourd’hui  sur les fondamentaux, leur inspiration étant souvent plus anglaise que française, malgré l’origine du mouvement. Mais les créateurs sapologues s’inspirent aussi désormais facilement de motifs africains, les adaptant avec plus ou moins de succès sur des costumes occidentaux. Exemple de cette tendance : la boutique parisienne « Connivences », dans le 18e arrondissement.

Mais au-delà du style vestimentaire, les sapeurs africains revendiquent un vrai mode de vie, non violent, moral, et une attitude agréable, ouverte aux autres. Un code de conduite se rapprochant des valeurs de l’honnête homme classique. Ce qui pourrait bien faire d’eux les derniers des Dandys, mot pour une fois adapté à la situation. La dernière publicité de la marque de bière irlandaise Guiness leur rend hommage, et c’est tant mieux. Cerise sur le gâteau, un petit documentaire accompagne la sortie du spot. 

F.McKenzie.

PS: Nous privilégions habituellement sur ce blog les images libres de droit, ou nos propres images. Difficile de trouver l'une ou de produire l'autre pour un sujet aussi spécifique. Les images illustrant cet article proviennent donc d'autres blogs ou sites. Nous les reproduisons pour rendre hommage à la culture des Sapeurs. Si les ayant droits le souhaitent, nous les retirerons.

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