Comment s’habiller pour… Une garde à vue.

Nov 10, 2013

Rive gauche, c’est un passage obligé. Comme un rite initiatique pour branchés, que l’on soit écrivain, chroniqueur ou acteur. (Rayez la mention inutile). Avant qu’il ne se reconvertisse en macho putassier, Frédéric Beigbeder avait même fait de cette expérience le prétexte à un excellent livre, introspectif et touchant. La garde à vue, puisque c’est de celle-ci qu’il s’agit, est un moment délicat dans la trajectoire d’une star, à négocier serrée après la remise d’un prix au café de Flore. Si elle tombe souvent sans s’annoncer, après une chute de scooter et quelques insultes à la maréchaussée par exemple (comme nous le prouva Nicolas Bedos il y a quelques semaines), nous ne saurions trop conseiller aux jeunes étoiles montantes de préparer la leur, et de se vêtir ainsi de façon convenable avant d’aller se soulager sur les voitures du commissariat de police du 6e arrondissement.

Car après le moment de rigolade vient la triste réalité : vous allez passer la nuit dans une petite pièce sentant très fort le renfermé, avec Josiane et Ashley, deux dames d’un âge plus respectable que leur profession, la première ayant déniaisé la moitié de l’équipe de Salut les copains, et la seconde possédant une féminité à la protubérance douteuse. Vous aurez froid, très vite mal à la tête, et les sarcasmes de ces messieurs en bleu vous demandant si vous compter parler de cet incident dans votre prochaine chronique ne vous aideront pas.

Prévoyez donc ! Pour rester élégant en soirée, avant de finir de façon confortable en garde à vue, on privilégiera ainsi les mocassins. Les lacets étant retirés lors de votre arrivée en cellule, vous vous épargnerez de nombreux désagréments. Et vos gardiens vous sauront gré de leur éviter un peu de travail. Attention néanmoins aux mocassins vernis, à proscrire si vous ne souhaitez pas devenir le nouveau meilleur ami de votre voisin de chambrée Gian Paolo, directeur d’un petit cercle de jeu très sympathique, et arrivé au dépôt une heure après vous pour triple assassinat. « Ouais, j’ai un peu dérapé », vous confiera d’ailleurs celui-ci un peu plus tard d’un accent chantant entre deux souvenirs touchants de procession mariale dans les Abruzzes.

Côté pantalon, soyez rusés. Une laine trop fine manquera de chaleur après quelques heures de doute recroquevillé contre le mur en béton de votre cellule, avec Josiane ronflant sur votre épaule. Optez donc pour un velours côtelé. Un peu moins raffiné certes, mais avec un peu de chance, vous pourrez faire croire à l’officier de garde autour de 7h du matin qu’il faut absolument que vous rentriez vous préparer pour la messe dominicale à Saint Pierre du Gros Caillou. Sur un malentendu, ça peut marcher.

Pas de cravate, pour la même raison que les lacets. N’hésitez pas par contre à vous munir d’une chemise en flanelle ou en jean, doublée d’une veste en mohair. Tout à fait dans les tendances de saison : même à deux pas de la prison, une star ne saurait se laisser prendre en défaut de style. On ne sait jamais quel journaliste vous attendra à la sortie pour vous demander de raconter votre expérience. Si vous décidez de lui accorder une interview exclusive, annoncez avoir rencontré Dieu dans votre détresse, promettez une trilogie sur l’expérience carcérale, et glissez habilement vos souhaits d’acteurs pour l’adaptation cinématographique de votre terrible aventure. Si vous souhaitez par contre éviter de répondre, une seule solution : échanger votre téléphone contre la perruque d’Ashley, et tenter de vous faire passer pour Michel Polnareff. Si vous savez un peu chanter, c’est dans la poche : passez la porte du dépôt en titubant, et éloignez-vous sans regarder où vous mettez les pieds, avant de vous mettre à hurler : « Il était une fois, toi et moiaahahahaha. » Bonne chance.

Valentin Goux. 

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